Le altre lingue: Poeti del Québec – Jean-François Poupart

Ultimo capitolo della rubrica “Le altre lingue”. Il poeta del Québec selezionato da Francis Catalano è Jean-François Poupart. Buona lettura.

Grazie per lo splendido viaggio che continuerà sabato prossimo con una selezione di poesie dalla Polonia. La scelta sarà a cura di Paulina Malicka e verrà inaugurata con un’introduzione all’opera e una traduzione di testi da  Stanisław Barańczak. Vi aspettiamo.


Le altre lingue: Poeti del Québec (11)

Jean-François Poupart

 

À Londres il y a la conversion de Saint-Paul
un dragon résolu dans un film muet
des plantations de limes et des hydrangées
nourries par l’eau des statues coulantes
il y a aussi des aquarelles allemandes
entourées de faux acacias
des peintures orangées où s’entrecroisent
des apôtres étonnés par la lumière
de grandes colonnes rosées en plein visage
des yeux herbacés et des toges rampantes
la radiographie du ciel inachevé ou brisé
consolide la croyance à la résurrection
car sur la grille du cimetière
on désempale le cadavre d’un rabbin fraîchement enterré
qu’on a bien dû déterrer puis empaler là
sur la grille du cimetière

À Londres tu portes tous les péchés du monde
les fables de la potence
à la lueur des bombes au phosphore
d’une conversion à la poussière
tu parles d’oiseaux pluvieux
criant comme des roues de camion
sur les hommes de rouille
une montagne de bras et de jambes empilés
par l’Histoire avant la prière du soir

tu me parles des jardins suspendus
de mourir avant le passage des outardes
du ciel qui marche sur ton corps
les dinosaures ont disparu à cause de l’apparition des fleurs
la poésie et son image naïve
doivent servir à dire l’irréconciliable
parole fauve guettant des heures et des siècles
entre tous les discours et les manifestes
la seconde précise pour égorger sa proie
la victime demeure l’Histoire
le tueur porte des fleurs
l’erreur de sens évite la torture
il faut mourir pour tout le monde ou personne
ne pas idéaliser la tendresse
les châteaux sont toujours vides
il y a des milliers de paroles tournant
dans la bouche des espèces éteintes
nous sommes aussi dans ce long baiser de langues mortes
la tempête des corneilles apaise les déclarations de guerre
et la rancoeur des étoiles précoces
nos lèvres collées sur la banquise
prennent le bleu des arbres qui s’achève
nous sommes les derniers à entrevoir
les anges muets d’orgueil dans le feuillage

nous avons déterré un amour primitif
de vieilles formes nous creusent
nos ennemis parlent notre langue
pour entrer dans nos rêves et nous empaler en silence
plusieurs se suicident avant les étoiles
les autres se réduisent en poudre
parmi les maladies antiques
et s’endorment dans l’espérance de la résurrection
les torturés finissent tous par parler

(Extraits de Tombe Londres Tombe, Les éditions Poètes de brousse, 2015).


Jean-François Poupart ha conseguito un dottorato in Lettere Moderne all’Università Paris-IV Sorbonne. Ha pubblicato saggi, tra cui Gallimard chez lei Nazi; poesia, tra cui L’étrange lumière des mourants, L’or de Klimt e Nietzsche on the beach, e un romanzo, Toujours vert. Ha fondato le edizioni Poètes de brousse.

(Trad. Laura Liberale)


In copertina: Jean-François Poupart.

Lascia un commento

Il tuo indirizzo email non sarà pubblicato. I campi obbligatori sono contrassegnati *